Blog de Christophe Girard, militant à Saint-Denis

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 18 avril 2015

Portrait de Dionysiennes en lutte

Laélia, une camarade de parti, vient de publier un article relatif à la grève des bas salaires à l'université Paris 8 que le PG Saint-Denis a activement soutenue, y compris financièrement. Découvrez le portrait de trois femmes au courage formidablement beau parce que merveilleusement humain.

16 avril 2015 | Par Luttes Paris 8

Femmes en luttes à Paris 8. «La grève, un beau cadeau pour mes 60 ans!»

Cet entretien a eu lieu avec trois femmes membres du Collectif des Bas Salaires, qui s’est créé en janvier 2015 à l’université de Paris 8 (Saint-Denis), et qui a lancé, pendant plus de deux mois, une grève qui s’est soldée par une victoire concernant certaines revendications : les grévistes réclamaient une augmentation de 98 euros net, et ont obtenu 70 euros brut. Elles ont aussi obtenu une stricte égalité salariale, pour les titulaires et les contractuelles, contrairement au premier principe de distribution des primes. Mais pour Betty, Stavroula et Muriel, les luttes, pas plus que l’existence du Collectif, ne se terminent pas avec la grève des bas salaires. Elles nous expliquent leurs parcours personnels et professionnels, leurs expériences de la grève, et pourquoi elles sont déterminées à poursuivre le combat.

Ce témoignage est dédié à Soraya, une de leurs collègues du Collectif des Bas Salaires, qui a subi une opération et est en convalescence pour de longs mois, qui est, dit Betty, « dans notre cœur et le cœur des étudiants solidaires du mouvement. » Selon les propres mots de Muriel « C’était la contractuelle du mouvement, et les 70 euros, on les a gagnés pour elle. »

Betty, Muriel, et Stavroula (Stav) du Collectif des Bas Salaires.

Betty, 60 ans est secrétaire à Paris 8. Elle gagne actuellement 1650 euros net, avec la prime, qui ne sera pas comptabilisée pour sa retraite. Elle travaille depuis ses 16 ans et demi, 19 ans dans le privé, et 30 ans dans le public. Sa retraite, à cause de ce passage du privé au public était estimée si elle prenait sa retraite à 60 ans, : 1027 euros brut par mois, tous régimes confondus (dont 750 euros seulement correspondant au minimum vieillesse dans la fonction publique). Elle doit travailler jusqu’à 65 ans et 8 mois pour toucher 1409 euros bruts par mois tous régimes confondus.

Muriel a bientôt 52 ans. Secrétaire à Paris 8, elle gagne 1780 euros net. Elle travaille depuis ses 17 ans, donc depuis 35 ans. Elle doit encore travailler pendant huit ans pour toucher une retraite à taux plein de 1600 euros net.

Stavroula a bientôt 53 ans. Elle fait des petits boulots depuis toujours, travaille à l’université de Paris 8 depuis 1995, mais n’a été titularisée qu’en 2005. Elle gagne à présent 1500 euros net. Puisqu’elle a toujours eu de très petits salaires, des travaux précaires, elle n’a le droit qu’au minimum vieillesse, 750 euros net.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours personnel et scolaire, et sur la façon dont vous vous êtes retrouvées à travailler à Paris 8 ?

Betty : Je suis issue d’une famille Française d’Algérie, d’un milieu modeste. Ma mère ne sait ni lire, ni écrire. Mon père par contre était bon élève, il avait eu son certificat d’études. En Algérie, mon père était tailleur et je crois qu’il tenait en plus une petite épicerie. Mais nous avons dû partir d’Algérie, clandestinement, vers 1956, car nous avions reçu des menaces et mon père voulait protéger la famille. Le départ a été dur, mes parents ont dû s’adapter et c’était difficile. Je pense qu’ils ont mis du temps à cicatriser leurs blessures, en tout cas l’Algérie était un sujet tabou dans la famille, on n’en parlait pas. Mon père a réussi à trouver du travail, il a passé un concours de magasinier pour la mairie de Paris, il est devenu titulaire. Ma mère par contre, est restée à la maison, à faire la cuisine et à s’occuper des enfants. Moi je n’ai pas pu avoir une scolarité très poussée car je m’occupais beaucoup de mes frères et sœurs, et nous n’avions pas l’habitude de faire des études dans la famille : du coup, nous ne faisions pas vraiment nos devoirs, personne ne surveillait si nous les faisions ou non… c’était assez courant dans les familles nombreuses à l’époque, il n’y avait pas beaucoup de jeunes qui allaient jusqu’au lycée, bien souvent ils partaient à l’usine ou en apprentissage, donc faire un CAP, c’était assez bien pour nous.

Je me suis donc retrouvée dans un CAP de comptabilité. Je ne voulais pas faire ça et j’ai été très frustrée au début parce que j’avais toujours été attirée parce qu’on appelle la « culture », et j’aurais plutôt voulu faire institutrice ou quelque chose comme ça. Donc je n’étais pas ravie de faire un CAP, mais j’ai eu beaucoup de chance finalement de me retrouver dans ce lycée technique, parce que nous avions des profs extraordinaires. C’était l’après 68, et nous avons eu des profs très différentes de tout ce que j’avais connu. Je me souviens d’une professeure, qui venait de Vincennes, qui était extraordinaire. C’était un collège composé uniquement de femmes, profs comme élèves et alors que je viens plutôt d’un milieu où on nous apprenait, les filles, à se taire et à baisser la tête, parce que c’étaient les hommes qui commandaient, ces enseignantes, elles, nous ont appris à relever la tête. Je me souviens de leur discours, elle nous ont dit « De partout on entend que les CET (enseignement technique) ce sont des écoles poubelles, mais sachez que cette image est fausse, nous on est heureuses d’être enseignantes dans un collège d’enseignement techniquement et on est heureuses de vous avoir vous comme élèves. » Du coup, cet enseignement, ça a été merveilleux pour moi. C’était la première fois que j’étais regardée par des profs, et j’ai adoré. Ces personnes-là m’ont appris à me battre, à savoir exiger du respect et de la considération dans la vie. J’ai donc levé la tête, et après le CAP, j’ai cherché du travail. La comptabilité ne me plaisait pas, je me suis donc retrouvée secrétaire dans le privé, pendant 19 ans. Et je me disais que le privé, ça ne me plaisait pas, qu’il fallait que je sois secrétaire dans un lycée. J’avais besoin de me retrouver à l’école, c’est un milieu que j’avais aimé, et il fallait que je retrouve ça. J’avais une amie, une copine du collège d’enseignement technique, qui avait trouvé un poste d’auxiliaire dans un lycée, et je l’enviais comme je n’ai jamais envié quelqu’un dans ma vie ! Je me disais qu’elle avait vraiment de la chance de travailler à l’école alors que je travaillais dans une entreprise de plomberie ! Et puis finalement, elle s’est retrouvée à l’inspection académique, elle m’a dit qu’un poste se libérait près de chez moi, j’ai donné ma démission, j’ai postulé et je me suis retrouvée à l’Éducation Nationale. Et là j’avais réalisé mon rêve. Je suis vraiment venue travailler dans l’Éducation Nationale par goût, j’aurais sans doute gagné plus d’argent dans le privé, j’ai même passé un concours de la CAF que j’avais réussi mais j’avais besoin d’un contact avec les élèves et les profs. Je me suis retrouvée secrétaire au lycée, et puis j’ai découvert la fac à Paris 8, et j’ai passé le concours de catégorie C que j’ai eu. C’était un pur plaisir, j’ai toujours eu un contact formidable avec les étudiants. A Paris 8, je me suis retrouvée au département de théâtre, et là j’ai vraiment été comblée, parce que j’adore le théâtre et j’étais très heureuse de travailler dans cet environnement. J’ai un salaire de catégorie C, mais j’aime le théâtre, j’aime mes étudiants, j’aime mon travail. J’ai l’impression d’avoir eu la chance d’avoir ça, avec le peu de bagage que j’ai –quoique le CAP, vraiment, ce n’était pas juste un petit diplôme, c’était une vraie formation, ça rendait les gens intelligents (intervention de Stavroula : je comprends pourquoi tu assures autant avec la caisse de grève du coup ! Tu fais des tableaux que je ne peux même pas lire !) De fait, j’ai l’impression d’avoir réussi ma vie professionnelle.

Muriel : Je travaille depuis 35 ans… j’ai commencé quand j’avais 17 ans. J’ai aussi suivi un apprentissage technique, ça ne s’appelait plus CET mais LEP. J’ai fait un BEP et un CAP de Sténo dactylo correspondancière. Je n’aimais pas l’école avant le CAP, mais là, j’ai beaucoup apprécié, parce que j’apprenais un métier, et moi j’avais envie de travailler, pas de faire des études. A 17 ans, j’ai décidé de travailler au rectorat de Paris pour me faire de l’argent pendant le mois de juillet. Or à la fin du mois de juillet, on m’a proposé tout de suite de m’embaucher dans les hautes sphères, c’est-à-dire dans le cabinet du directeur. Au fur et à mesure, je suis devenue la sténo particulière du directeur. J’ai fait ça pendant treize ans, et puis j’en ai eu assez à cause de la longueur des transports (j’habitais à St Denis et le rectorat était dans le 19e). En plus, j’avais eu un accident de voiture, et je ne voulais plus devoir me déplacer pendant aussi longtemps. J’ai donc décidé de postuler à l’université de St Denis puisqu’elle était juste à côté de chez moi. J’ai obtenu ma mutation facilement. Je suis arrivée d’abord à la scolarité centrale, et c’était terrible. Je sortais du rectorat où déjà il y avait une hiérarchie très stricte (le directeur, le chef de cabinet), et j’avais entendu parler de Paris 8 comme d’une université où il n’y avait pas trop de hiérarchie, où on nous laissait prendre des responsabilités. Ça n’a pas du tout été le cas, à la scolarité centrale, je me suis retrouvée secrétaire de la responsable des diplômes. Je la connaissais un peu via le rectorat de Paris, mais là, j’ai eu l’impression que son nouveau poste à responsabilité lui était comme on dit « monté à la tête », il fallait être au rapport tous les matins, elle nous pressait tout le temps… pendant un an, je pleurais tous les soirs et j’y suis allée avec la boule au ventre. Et en plus ses collègues dont j’étais aussi la secrétaire savaient que je la connaissais d’ailleurs, ils devaient penser que j’étais sa taupe, elles se méfiaient de moi ! Un jour j’ai dû m’expliquer avec elles, et bien leur dire que j’aurais préféré travailler avec elles et ne pas être la secrétaire particulière de ma chef. Finalement, j’ai pu changer de service, je suis arrivée à l’UFR Arts en 1994 et l’ambiance était très différente. On nous laissait faire, on était plus autonomes. Depuis, j’aime vraiment mon métier.

Stavroula : J’ai eu un parcours scolaire assez particulier et poussé car mes parents ont toujours voulu me préserver du monde du travail ouvrier. Mon père était tailleur, artisan, d’une famille d’immigrés grecs. Mon père a été déporté sur les îles grecques, parce que de gauche, ils sont partis en France à cause des troubles politiques, et je suis d’abord arrivée en clandestine, avec eux, en France. Nous n’avions pas beaucoup d’argent, mes parents travaillaient sans arrêt, j’ai grandi bercée au bruit de la machine à coudre, mes parents étaient dessus tous les soirs, jusqu’à minuit… Du coup je suis traumatisée de la couture, je ne veux même pas coudre un bouton ! Mes parents ne voulaient pas que je fasse le même métier qu’eux, et m’ont toujours poussée à faire des études. Je me rappelle bien un souvenir, j’avais huit ans, je ne voulais pas travailler à l’école, et mon père m’a montré la machine à coudre, en me disant que c’était l’école ou ça. Du coup je me suis dit qu’il fallait mieux faire mes devoirs le soir, que de rester vissée à la machine à coudre comme eux ! Finalement, j’ai fait des études supérieures, j’ai fait une licence d’anglais à Nanterre et comme j’avais entendu parler de Paris 8 comme une fac ouverte, avec plein de cours intéressants, de nouvelles expériences, j’y suis arrivée comme étudiante. J’avais aussi entendu dire qu’à Paris 8, on faisait de l’économie politique, qu’il y avait beaucoup de cours d’histoire sur le marxisme, les relations internationales, et ça m’intéressait. J’ai fait une maîtrise d’économie, et je me suis intéressée de manière plus précise au politique, à cause de ma famille, de l’histoire de mon père… On connaît peu l’histoire grecque, la guerre civile grecque de 1944 à 1949, alors qu’il y a eu plus de 30 000 morts, mon père a été trois ans en détention, ma mère un an… Tout le monde risquait la détention, quiconque classé à gauche, ou simplement qui avait un membre de sa famille à gauche… J’ai donc fait une thèse en anthropologie, et j’ai fait un livre qui a été publié sur l’histoire de ma famille (Chroniques philosophiques, L’Harmattan) Bien sûr, je faisais des petits boulots pour pouvoir me payer mes études, j’ai tout fait, prof de cours particulier, barmaid, etc… Je suis devenue à la fois personnel de Paris 8 et étudiante de Paris 8. Je voulais passer ma thèse et devenir prof de fac. Mais j’ai dû rapidement gérer à la fois une thèse, une famille, mes petits boulot… J’étais en surcharge tout le temps, et même si j’ai passé ma thèse, je n’ai pas eu le temps de faire ce qu’il faut faire pour devenir maître de conférence, faire des articles, faire du réseau, etc… Ce n’était pas possible avec une famille et en travaillant à côté, du coup je suis devenue secrétaire. J’ai fait du secrétariat dans plusieurs départements, mais c’était très intéressant pour moi parce que j’adore l’enseignement, je trouve ça merveilleux. Je n’ai jamais complètement arrêté l’enseignement : je faisais du secrétariat et j’enseignais un peu jusqu’à la grève. J’adore Paris 8, je pense que c’est une université formidable, même si les changements laissent présager que ce sera de moins en moins l’université monde et ouverte qu’elle a été… mais je me rappelle quand c’était une université qui foisonnait d’idées, d’expériences, et de mouvements sociaux !

Lire la suite http://blogs.mediapart.fr/blog/luttes-paris-8 >>

lundi 9 mars 2015

Soutien au personnel de l’université de Saint-Denis (Paris 8) en grève

Le 5 mars, les syndicats et collectifs de personnel et d’étudiant-e-s se sont réunis pour dénoncer la politique austéritaire du gouvernement et une de ses conséquences, la précarisation constante des universités en France.

La lutte contre ces politiques austéritaires a pris un tour particulier à l’université Paris 8 de Saint-Denis : depuis près d’un mois et demi, le collectif des bas salaires de l’université de Paris 8 se mobilise est en grève. Une grève offensive avec des revendications claires : augmentation de 98 euros net par mois pour toutes et tous, remise en cause du système individuel des primes qui introduit une concurrence entre membres du personnel, transparence des comptes (l’université s’est montrée incapable de donner un compte-rendu clair de la gestion d’attribution des primes), négociations sur les évolutions de carrière afin de permettre aux personnes proches de la retraite de bénéficier de meilleurs revenus en fin de carrière.

La présidente de l’université, Danielle Tartakowsky, dont la plume a longtemps soutenu les mouvements sociaux, a préféré maintenir le conflit à un niveau malsain : aux revendications légitimes, elle répond par des retenues de salaire, signant là, une triste première à l’université de Paris 8. Cette décision politique est emblématique au regard de l’histoire de l’université, issue de Mai 68, célèbre pour ses mobilisations et ses batailles pour une réelle ouverture sociale. Ne laissons pas la logique de l’austérité et de la répression s’installer à Paris 8 ! La grève est un droit et un devoir, elle est légitime !

Le Parti de Gauche de Saint-Denis apporte tout son soutien à la lutte des membres du personnel de l’université de Saint-Denis, notamment ceux de catégorie C. Leur lutte est soutenue par les syndicats de personnels, par des partis politiques présents à l’université et des étudiants. Soyons nous aussi solidaires ! Les grévistes assurent une permanence quasi quotidienne à l’université (hall A). Ils ont besoin de l’aide de toutes et de tous, qu’il s’agisse de soutien moral ou financier (achat du journal de grève, participation à la caisse de grève…). Vous pouvez les contacter pour être tenu-e au courant des mobilisations et des moyens d’actions : collectif.bas.salaires.p8@gmail.com

Le Comité du Parti de Gauche de Saint-Denis.

samedi 15 mars 2014

Appel d’universitaires de Saint-Denis en faveur de la liste emmenée par Didier Paillard

Des dizaines d’universitaires de Saint-Denis soutiennent ma candidature pour l’élection municipale les 23 et 30 mars prochains. Ils mettent en avant les actions que nous avons menées ensemble pour défendre l’enseignement supérieur et les partenariats que nous avons tissés toutes ces années.

Pour une ville populaire, contre l’austérité dans la recherche et l’enseignement supérieur, nous faisons le choix de Didier Paillard

Pour nous, chercheur-se-s et enseignant-e-s-chercheur-se-s qui résidons et/ou qui travaillons à Saint-Denis, les élections municipales des 23 et 30 mars prochains marquent d’abord un véritable choix de société et d’orientation politique pour notre ville. En effet, il faudra choisir entre Mathieu Hanotin, le candidat de l’austérité et du reniement à gauche, et le candidat qui ne renonce pas au progrès et à la justice sociale : le Maire actuel Front de Gauche, Didier Paillard. L’ambition de Mathieu Hanotin pour Saint-Denis c’est d’abord d’en finir avec le logement social et la solidarité avec les « sans » et les Roms pour faire de la place aux partenariats public-privé (PPP) et à la spéculation immobilière. La tentative de Mathieu Hanotin pour arracher Saint-Denis relève d’un projet de société que nous combattons. Nous sommes nombreux à être venus à Saint-Denis, et à y rester, en raison du dynamisme de la ville, de la culture, et des loyers modérés (grâce a la municipalité). Au lieu de vouloir maintenant nous approprier la ville et chasser les classes populaires, nous voulons contribuer avec elles à sa richesse.

Ce choix de société concerne aussi la politique universitaire, sujet qui nous préoccupe en tant que chercheur-se-s et enseignant-e-s-chercheur-se-s, préoccupation partagée plus largement par les dionysien-ne-s, qu’ils soient parents ou étudiant-e-s. Pendant plus de 10 ans, les gouvernements de droite n’ont cessé de s’attaquer aux universités : déréglementation et privatisation larvée, dégradation des conditions de vie des étudiants et des conditions de travail des personnels, réduction des moyens humains et matériels, etc. Le candidat François Hollande avait promis de remettre en cause ces choix. Il n’en a rien été. Pire, la loi Fioraso sur l’enseignement supérieur et la recherche, adoptée en 2013, poursuit et renforce ces politiques qui sont en train de ruiner les universités, de démoraliser et de précariser les personnels et les étudiants. Le député Mathieu Hanotin a voté ces réductions budgétaires et ces lois néfastes pour les universités, en particulier pour les Universités de Paris 8 et de Paris 13. Choix de société : oui, ces mesures vont renforcer de manière scandaleuse les inégalités entre les étudiant-e-s les plus aisés et les plus modestes.

A ce titre comment penser qu’il fera autre chose pour Saint-Denis que ce qu’il fait au niveau national. A l’inverse, la commune de Saint-Denis avec Didier Paillard a soutenu nos combats contre les attaques libérales qui visent nos universités. A Saint-Denis, la municipalité a toujours cherché à tisser des liens avec les établissements universitaires (Paris 8, IUT de Paris 13), comme l’illustre l’organisation de « La semaine des arts » ou les collaborations récurrentes avec l’Ecran, et à soutenir les étudiant-e-s, notamment par la création de logements étudiants. Ces partenariats et le soutien aux étudiant-e-s doivent se renforcer dans la prochaine mandature car la ville pour tous c’est aussi l’université ouverte à tous et toutes.

Parce qu’en tant que chercheur-se-s et enseignant-e-s-chercheur-se-s de Saint-Denis, nous ne nous résignons pas au triomphe du libéralisme et de l’austérité, nous faisons le choix de Didier Paillard.

Premiers signataires :

Élisabeth Bautier, Professeur des universités, Paris 8,
Capucine Boidin, Maîtresse de conférences, Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, Dionysienne
Stéphane Bonnery, Maître de conférence, Université Paris 8
Jean-Jacques Bourdin, Professeur des universités, Université Paris 8, Dionysien
Silvia Capanema, Maîtresse de conférences, Université Paris 13, Dionysienne
Vanessa Castejon, Maîtresse de conférences, Université Paris 13 – IUT de Saint-Denis
Séverine Chauvel, Maîtresse de conférences, Université de Créteil, Dionysienne
Pauline Clech, Doctorante, Sciences-Po Paris, Dionysienne
Saskia Cousin, Maitresse de conférences, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Dionysienne
Pierre Cours-Salies, Professeur émérite, Université Paris 8
Ségolène Darly, Maîtresse de Conférences, Université Paris 8, Dionysienne
Séverine Depoilly, Maîtresse de conférences, Université Paris 8
Hasan Basri Elmas, Maître de conférences, Université Paris 8, Dionysien
Paula Cristofalo, Maîtresse de conférences, Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique, Dionysienne
Irène Favier, Doctorante et ATER, Université de Paris 8
Viviane Folcher, Maîtresse de conférences, Université Paris 8, Dionysienne
Béatrice Geyres, Docteure en psychologie, chargée de cours, Université Paris 8, Dionysienne
Sibylle Gollac, Chercheuse, CNRS, Dionysienne
Stéphanie Guyon, Maîtresse de conférences, Université de Picardie, Dionysienne
Sihem Hachaichi, maîtresse de conférence, université Paris 8
Séverine Kapko, Maîtresse de conférences, Université Paris 8, Dionysienne
Hassane Karkar, Professeur des universités retraité, université Paris 7, Dionysien
Jean Krivine, Chercheur, CNRS, Dionysien
Guillaume Lachenal, Maître de conférences, Université Paris 7, Dionysien
Khira Lameche, Maîtresse de conférences retraitée, université Paris 8
Cyril Lemieux, directeur d’études, EHESS, Dionysien
Pascal Martin, Post-doctorant, chargé de cours à l’Université Paris 8, Dionysien
Julie Pagis, Chercheuse, CNRS, Dionysienne
Sylvain Pattieu, Maître de conférences, Université Paris 8
Etienne Penissat, Chercheur, CNRS, Dionysien
Pierre Rabardel, Professeur des universités émérite, Université Paris 8, Dionysien
Jean-Yves Rochex, Professeur, Université Paris 8
Florent Tétard, Maître de conférences, Université de Paris 13 – IUT de Saint-Denis
Karel Yon, Chercheur, CNRS, Dionysien

mercredi 1 avril 2009

Attentat (à la liberté) au Jardin des plantes

Non il ne s'agit pas d'un poisson d'avril. J'apprends par le blog "Six pieds sur Terre" de mon amie Laure Nouhalat que Claude-Marie Vadrot, journaliste et prof à Paris 8, a été empêché de faire cours au Jardin des plantes.

Il faut reconnaître :
- qu'il s'agissait d'un cours "hors sol", comme celui dont je faisait état dans mon post du 6 mars, en signe de protestation contre les réformes de Valérie Pécresse ;
- que Claude-Marie Vardrot est un dangereux agitateur (militant politique et auteur de "Guerres et environnement", "L'Horreur écologique", "Enquête sur la biodiversité"... et surtout "La Grande Surveillance - Caméras, ADN, portables, internet...")
- que les sujets du cours de ce subversif notoire sont aussi controversés que la biodiversité et l'origine de la protection des espèces et des espaces naturels...

Voici le témoignage ébouriffant de Claude-Marie Vadrot publié sur son blog "L'horeur écologique" :

Au jardin des Plantes il est désormais interdit de penser et de parler: histoire d'un cours interdit
MARDI 31 mars

Je suis inquiet, très, très inquiet...

Vendredi dernier, à titre de solidarité avec mes collègues enseignants de l’Université de Paris 8 engagés, en tant que titulaires et chercheurs de l’Education Nationale, dans une opposition difficile à Valérie Pécresse, j’ai décidé de tenir mon cours sur la biodiversité et l’origine de la protection des espèces et des espaces, que je donne habituellement dans les locaux du département de Géographie (où j’enseigne depuis 20 ans), dans l’espace du Jardin des Plantes (Muséum National d’Histoire Naturelle), là où fut inventée la protection de la nature. Une façon, avec ce « cours hors les murs », de faire découvrir ces lieux aux étudiants et d’être solidaire avec la grogne actuelle mais sans les pénaliser avant leurs partiels.

Mardi, arrivé à 14 h 30, avant les étudiants, j’ai eu la surprise de me voir interpeller dés l’entrée franchie par le chef du service de sécurité tout en constatant que les deux portes du 36 rue Geoffroy Saint Hilaire était gardées par des vigiles...
- « Monsieur Vadrot ? ».
- euh...oui
- Je suis chargé de vous signifier que l’accès du Jardin des Plantes vous est interdit
- Pourquoi ?
- Je n’ai pas à vous donner d’explication....
- Pouvez vous me remettre un papier me signifiant cette interdiction ?
- Non, les manifestations sont interdites dans le Muséum
- Il ne s’agit pas d’une manifestation, mais d’un cours en plein air, sans la moindre pancarte...
- C’est non....

Les étudiants, qui se baladent déjà dans le jardin, reviennent vers l’entrée, le lieu du rendez vous. Le cours se fait donc, pendant une heure et demie, dans la rue, devant l’entrée du Muséum. Un cours qui porte sur l’histoire du Muséum, l’histoire de la protection de la nature, sur Buffon. A la fin du cours, je demande à nouveau à entrer pour effectuer une visite commentée du jardin. Nouveau refus, seuls les étudiants peuvent entrer, pas leur enseignant. Ils entrent et, je décide de tenter ma chance par une autre grille, rue de Buffon. Où je retrouve des membres du service de sécurité qui, possédant manifestement mon signalement, comme les premiers, m’interdisent à nouveau l’entrée.

Evidemment, je finis pas le fâcher et exige, sous peine de bousculer les vigiles, la présence du Directeur de la surveillance du Jardin des Plantes. Comme le scandale menace il finit par arriver. D’abord parfaitement méprisant, il finit pas me réciter mon CV et le contenu de mon blog. Cela commencer à ressembler à un procès politique, avec descriptions de mes opinions, faits et gestes. D’autres enseignants du département de Géographie, dont le Directeur Olivier Archambeau, président du Club des Explorateurs et Alain Bué, insistent et menacent d’un scandale.

Le directeur de la Surveillance, qui me dit agir au nom du Directeur du Muséum (où je pensais être honorablement connu), commençant sans doute à discerner le ridicule de sa situation, finit par nous faire une proposition incroyable, du genre de celle que j’ai pu entendre autrefois, comme journaliste, en Union soviétique :
- Ecoutez, si vous me promettez de ne pas parler de politique à vos étudiants et aux autres professeurs, je vous laisse entrer et rejoindre les étudiants...
Je promets et évidemment ne tiendrais pas cette promesse, tant le propos est absurde.

J’entre donc avec l’horrible certitude que, d’ordre du directeur et probablement du ministère de l’Education Nationale, je viens de faire l’objet d’une « interdiction politique ». Pour la première fois de mon existence, en France. Je n’ai réalisé que plus tard, après la fin de la visite se terminant au labyrinthe du Jardin des Plantes, à quel point cet incident était extra-ordinaire et révélateur d’un glissement angoissant de notre société. Rétrospectivement, j’ai eu peur, très peur...

Peines planchers, pénalisation de l'aide aux sans-papiers, suppression du juge d'instruction, augmentation des placements en garde à vue, multiplication et interconnexion des fichiers (Edvige, Cristina ou Eloi), pressions sur la presse et les médias, confirmation de la condamnation d'Hervé Eon (le militant du Parti de Gauche qui avait brandi une pancarte "Casse-toi pov' con" près de Nicolas Sarkozy... de répressif le gouvernement vire à l'oppressif !

En cette période de crise, nous devons nous inquiéter de cette dérive qui rappelle trop celle que l'Europe a connu il y a quelque 75 ans.

vendredi 6 mars 2009

Paris 8 toujours en grève

Manifestation université Paris VIII
Cours de slogans comparés : Pé-cresse-dé-mi-ssion et Ce-n'est-qu'un-début-poursuivons le-com-bat (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

A l'image des étudiants et enseignants de Paris III qui avaient organisé une lecture-marathon de la Princesse de Clèves devant le Panthéon à Paris, façon de tourner en dérision les propos de Nicolas Sarkozy qui ironisait sur le célèbre roman de Madame de la Fayette - «Un sadique ou un imbécile avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur la Princesse de Clèves», avait déclaré le président à Lyon en 2007-, un cours de communication de Paris 8, toujours en grève, s'est déroulé ce matin sur la place Victor-Hugo. Il était intitulé "Avec rime et raison : le slogan soixante-huitard",et dispensé par J.-L. Aroui de l'UFR Sciences du langage.

La Coordination nationale des universités dénonce dans un communiqué «une nouvelle provocation du Ministère» : «Comme vendredi dernier à la même heure, Valérie Pécresse fait croire à une avancée significative des pseudo-négociations engagées avec trois syndicats minoritaires. La Coordination Nationale des Universités, réunie aujourd’hui à Créteil en présence de 500 délégués mandatés par toutes les universités et organismes de recherche de France, dénonce catégoriquement cette supercherie. La réécriture du décret, annoncée ce soir sur le site du Ministère, est inacceptable dans la mesure où elle maintient les orientations du premier texte contesté. Elle ne satisfait aucune de nos revendications. La Coordination Nationale des Universités appelle à une amplification du mouvement en lien avec les étudiants et l’ensemble de la communauté d’éducation et de recherche, de la maternelle à l’université. Notre réponse : tous dans la rue le 11 mars ! »

C’est en effet l’ensemble du secteur éducatif qui est visé par les réformes du gouvernement comme l'ensemble du service public : suppressions de postes, allègement des programmes, budgets en baisse, accroissement de la concurrence entre les établissements et services, politique du chiffre et de la rentabilité, précarisation des personnels...

Après la forte mobilisation du 29 janvier, le président de la République a annoncé, le 18 février, une légère inflexion sociale à son plan de relance. Pour autant, les revendications portées par les huit confédérations syndicales ne sont pas encore entendues et satisfaites par le gouvernement et le patronat. Rendez-vous le 19 mars pour une nouvelle journée unitaire de mobilisation.