Blog de Christophe Girard, militant à Saint-Denis

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 18 avril 2015

Portrait de Dionysiennes en lutte

Laélia, une camarade de parti, vient de publier un article relatif à la grève des bas salaires à l'université Paris 8 que le PG Saint-Denis a activement soutenue, y compris financièrement. Découvrez le portrait de trois femmes au courage formidablement beau parce que merveilleusement humain.

16 avril 2015 | Par Luttes Paris 8

Femmes en luttes à Paris 8. «La grève, un beau cadeau pour mes 60 ans!»

Cet entretien a eu lieu avec trois femmes membres du Collectif des Bas Salaires, qui s’est créé en janvier 2015 à l’université de Paris 8 (Saint-Denis), et qui a lancé, pendant plus de deux mois, une grève qui s’est soldée par une victoire concernant certaines revendications : les grévistes réclamaient une augmentation de 98 euros net, et ont obtenu 70 euros brut. Elles ont aussi obtenu une stricte égalité salariale, pour les titulaires et les contractuelles, contrairement au premier principe de distribution des primes. Mais pour Betty, Stavroula et Muriel, les luttes, pas plus que l’existence du Collectif, ne se terminent pas avec la grève des bas salaires. Elles nous expliquent leurs parcours personnels et professionnels, leurs expériences de la grève, et pourquoi elles sont déterminées à poursuivre le combat.

Ce témoignage est dédié à Soraya, une de leurs collègues du Collectif des Bas Salaires, qui a subi une opération et est en convalescence pour de longs mois, qui est, dit Betty, « dans notre cœur et le cœur des étudiants solidaires du mouvement. » Selon les propres mots de Muriel « C’était la contractuelle du mouvement, et les 70 euros, on les a gagnés pour elle. »

Betty, Muriel, et Stavroula (Stav) du Collectif des Bas Salaires.

Betty, 60 ans est secrétaire à Paris 8. Elle gagne actuellement 1650 euros net, avec la prime, qui ne sera pas comptabilisée pour sa retraite. Elle travaille depuis ses 16 ans et demi, 19 ans dans le privé, et 30 ans dans le public. Sa retraite, à cause de ce passage du privé au public était estimée si elle prenait sa retraite à 60 ans, : 1027 euros brut par mois, tous régimes confondus (dont 750 euros seulement correspondant au minimum vieillesse dans la fonction publique). Elle doit travailler jusqu’à 65 ans et 8 mois pour toucher 1409 euros bruts par mois tous régimes confondus.

Muriel a bientôt 52 ans. Secrétaire à Paris 8, elle gagne 1780 euros net. Elle travaille depuis ses 17 ans, donc depuis 35 ans. Elle doit encore travailler pendant huit ans pour toucher une retraite à taux plein de 1600 euros net.

Stavroula a bientôt 53 ans. Elle fait des petits boulots depuis toujours, travaille à l’université de Paris 8 depuis 1995, mais n’a été titularisée qu’en 2005. Elle gagne à présent 1500 euros net. Puisqu’elle a toujours eu de très petits salaires, des travaux précaires, elle n’a le droit qu’au minimum vieillesse, 750 euros net.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours personnel et scolaire, et sur la façon dont vous vous êtes retrouvées à travailler à Paris 8 ?

Betty : Je suis issue d’une famille Française d’Algérie, d’un milieu modeste. Ma mère ne sait ni lire, ni écrire. Mon père par contre était bon élève, il avait eu son certificat d’études. En Algérie, mon père était tailleur et je crois qu’il tenait en plus une petite épicerie. Mais nous avons dû partir d’Algérie, clandestinement, vers 1956, car nous avions reçu des menaces et mon père voulait protéger la famille. Le départ a été dur, mes parents ont dû s’adapter et c’était difficile. Je pense qu’ils ont mis du temps à cicatriser leurs blessures, en tout cas l’Algérie était un sujet tabou dans la famille, on n’en parlait pas. Mon père a réussi à trouver du travail, il a passé un concours de magasinier pour la mairie de Paris, il est devenu titulaire. Ma mère par contre, est restée à la maison, à faire la cuisine et à s’occuper des enfants. Moi je n’ai pas pu avoir une scolarité très poussée car je m’occupais beaucoup de mes frères et sœurs, et nous n’avions pas l’habitude de faire des études dans la famille : du coup, nous ne faisions pas vraiment nos devoirs, personne ne surveillait si nous les faisions ou non… c’était assez courant dans les familles nombreuses à l’époque, il n’y avait pas beaucoup de jeunes qui allaient jusqu’au lycée, bien souvent ils partaient à l’usine ou en apprentissage, donc faire un CAP, c’était assez bien pour nous.

Je me suis donc retrouvée dans un CAP de comptabilité. Je ne voulais pas faire ça et j’ai été très frustrée au début parce que j’avais toujours été attirée parce qu’on appelle la « culture », et j’aurais plutôt voulu faire institutrice ou quelque chose comme ça. Donc je n’étais pas ravie de faire un CAP, mais j’ai eu beaucoup de chance finalement de me retrouver dans ce lycée technique, parce que nous avions des profs extraordinaires. C’était l’après 68, et nous avons eu des profs très différentes de tout ce que j’avais connu. Je me souviens d’une professeure, qui venait de Vincennes, qui était extraordinaire. C’était un collège composé uniquement de femmes, profs comme élèves et alors que je viens plutôt d’un milieu où on nous apprenait, les filles, à se taire et à baisser la tête, parce que c’étaient les hommes qui commandaient, ces enseignantes, elles, nous ont appris à relever la tête. Je me souviens de leur discours, elle nous ont dit « De partout on entend que les CET (enseignement technique) ce sont des écoles poubelles, mais sachez que cette image est fausse, nous on est heureuses d’être enseignantes dans un collège d’enseignement techniquement et on est heureuses de vous avoir vous comme élèves. » Du coup, cet enseignement, ça a été merveilleux pour moi. C’était la première fois que j’étais regardée par des profs, et j’ai adoré. Ces personnes-là m’ont appris à me battre, à savoir exiger du respect et de la considération dans la vie. J’ai donc levé la tête, et après le CAP, j’ai cherché du travail. La comptabilité ne me plaisait pas, je me suis donc retrouvée secrétaire dans le privé, pendant 19 ans. Et je me disais que le privé, ça ne me plaisait pas, qu’il fallait que je sois secrétaire dans un lycée. J’avais besoin de me retrouver à l’école, c’est un milieu que j’avais aimé, et il fallait que je retrouve ça. J’avais une amie, une copine du collège d’enseignement technique, qui avait trouvé un poste d’auxiliaire dans un lycée, et je l’enviais comme je n’ai jamais envié quelqu’un dans ma vie ! Je me disais qu’elle avait vraiment de la chance de travailler à l’école alors que je travaillais dans une entreprise de plomberie ! Et puis finalement, elle s’est retrouvée à l’inspection académique, elle m’a dit qu’un poste se libérait près de chez moi, j’ai donné ma démission, j’ai postulé et je me suis retrouvée à l’Éducation Nationale. Et là j’avais réalisé mon rêve. Je suis vraiment venue travailler dans l’Éducation Nationale par goût, j’aurais sans doute gagné plus d’argent dans le privé, j’ai même passé un concours de la CAF que j’avais réussi mais j’avais besoin d’un contact avec les élèves et les profs. Je me suis retrouvée secrétaire au lycée, et puis j’ai découvert la fac à Paris 8, et j’ai passé le concours de catégorie C que j’ai eu. C’était un pur plaisir, j’ai toujours eu un contact formidable avec les étudiants. A Paris 8, je me suis retrouvée au département de théâtre, et là j’ai vraiment été comblée, parce que j’adore le théâtre et j’étais très heureuse de travailler dans cet environnement. J’ai un salaire de catégorie C, mais j’aime le théâtre, j’aime mes étudiants, j’aime mon travail. J’ai l’impression d’avoir eu la chance d’avoir ça, avec le peu de bagage que j’ai –quoique le CAP, vraiment, ce n’était pas juste un petit diplôme, c’était une vraie formation, ça rendait les gens intelligents (intervention de Stavroula : je comprends pourquoi tu assures autant avec la caisse de grève du coup ! Tu fais des tableaux que je ne peux même pas lire !) De fait, j’ai l’impression d’avoir réussi ma vie professionnelle.

Muriel : Je travaille depuis 35 ans… j’ai commencé quand j’avais 17 ans. J’ai aussi suivi un apprentissage technique, ça ne s’appelait plus CET mais LEP. J’ai fait un BEP et un CAP de Sténo dactylo correspondancière. Je n’aimais pas l’école avant le CAP, mais là, j’ai beaucoup apprécié, parce que j’apprenais un métier, et moi j’avais envie de travailler, pas de faire des études. A 17 ans, j’ai décidé de travailler au rectorat de Paris pour me faire de l’argent pendant le mois de juillet. Or à la fin du mois de juillet, on m’a proposé tout de suite de m’embaucher dans les hautes sphères, c’est-à-dire dans le cabinet du directeur. Au fur et à mesure, je suis devenue la sténo particulière du directeur. J’ai fait ça pendant treize ans, et puis j’en ai eu assez à cause de la longueur des transports (j’habitais à St Denis et le rectorat était dans le 19e). En plus, j’avais eu un accident de voiture, et je ne voulais plus devoir me déplacer pendant aussi longtemps. J’ai donc décidé de postuler à l’université de St Denis puisqu’elle était juste à côté de chez moi. J’ai obtenu ma mutation facilement. Je suis arrivée d’abord à la scolarité centrale, et c’était terrible. Je sortais du rectorat où déjà il y avait une hiérarchie très stricte (le directeur, le chef de cabinet), et j’avais entendu parler de Paris 8 comme d’une université où il n’y avait pas trop de hiérarchie, où on nous laissait prendre des responsabilités. Ça n’a pas du tout été le cas, à la scolarité centrale, je me suis retrouvée secrétaire de la responsable des diplômes. Je la connaissais un peu via le rectorat de Paris, mais là, j’ai eu l’impression que son nouveau poste à responsabilité lui était comme on dit « monté à la tête », il fallait être au rapport tous les matins, elle nous pressait tout le temps… pendant un an, je pleurais tous les soirs et j’y suis allée avec la boule au ventre. Et en plus ses collègues dont j’étais aussi la secrétaire savaient que je la connaissais d’ailleurs, ils devaient penser que j’étais sa taupe, elles se méfiaient de moi ! Un jour j’ai dû m’expliquer avec elles, et bien leur dire que j’aurais préféré travailler avec elles et ne pas être la secrétaire particulière de ma chef. Finalement, j’ai pu changer de service, je suis arrivée à l’UFR Arts en 1994 et l’ambiance était très différente. On nous laissait faire, on était plus autonomes. Depuis, j’aime vraiment mon métier.

Stavroula : J’ai eu un parcours scolaire assez particulier et poussé car mes parents ont toujours voulu me préserver du monde du travail ouvrier. Mon père était tailleur, artisan, d’une famille d’immigrés grecs. Mon père a été déporté sur les îles grecques, parce que de gauche, ils sont partis en France à cause des troubles politiques, et je suis d’abord arrivée en clandestine, avec eux, en France. Nous n’avions pas beaucoup d’argent, mes parents travaillaient sans arrêt, j’ai grandi bercée au bruit de la machine à coudre, mes parents étaient dessus tous les soirs, jusqu’à minuit… Du coup je suis traumatisée de la couture, je ne veux même pas coudre un bouton ! Mes parents ne voulaient pas que je fasse le même métier qu’eux, et m’ont toujours poussée à faire des études. Je me rappelle bien un souvenir, j’avais huit ans, je ne voulais pas travailler à l’école, et mon père m’a montré la machine à coudre, en me disant que c’était l’école ou ça. Du coup je me suis dit qu’il fallait mieux faire mes devoirs le soir, que de rester vissée à la machine à coudre comme eux ! Finalement, j’ai fait des études supérieures, j’ai fait une licence d’anglais à Nanterre et comme j’avais entendu parler de Paris 8 comme une fac ouverte, avec plein de cours intéressants, de nouvelles expériences, j’y suis arrivée comme étudiante. J’avais aussi entendu dire qu’à Paris 8, on faisait de l’économie politique, qu’il y avait beaucoup de cours d’histoire sur le marxisme, les relations internationales, et ça m’intéressait. J’ai fait une maîtrise d’économie, et je me suis intéressée de manière plus précise au politique, à cause de ma famille, de l’histoire de mon père… On connaît peu l’histoire grecque, la guerre civile grecque de 1944 à 1949, alors qu’il y a eu plus de 30 000 morts, mon père a été trois ans en détention, ma mère un an… Tout le monde risquait la détention, quiconque classé à gauche, ou simplement qui avait un membre de sa famille à gauche… J’ai donc fait une thèse en anthropologie, et j’ai fait un livre qui a été publié sur l’histoire de ma famille (Chroniques philosophiques, L’Harmattan) Bien sûr, je faisais des petits boulots pour pouvoir me payer mes études, j’ai tout fait, prof de cours particulier, barmaid, etc… Je suis devenue à la fois personnel de Paris 8 et étudiante de Paris 8. Je voulais passer ma thèse et devenir prof de fac. Mais j’ai dû rapidement gérer à la fois une thèse, une famille, mes petits boulot… J’étais en surcharge tout le temps, et même si j’ai passé ma thèse, je n’ai pas eu le temps de faire ce qu’il faut faire pour devenir maître de conférence, faire des articles, faire du réseau, etc… Ce n’était pas possible avec une famille et en travaillant à côté, du coup je suis devenue secrétaire. J’ai fait du secrétariat dans plusieurs départements, mais c’était très intéressant pour moi parce que j’adore l’enseignement, je trouve ça merveilleux. Je n’ai jamais complètement arrêté l’enseignement : je faisais du secrétariat et j’enseignais un peu jusqu’à la grève. J’adore Paris 8, je pense que c’est une université formidable, même si les changements laissent présager que ce sera de moins en moins l’université monde et ouverte qu’elle a été… mais je me rappelle quand c’était une université qui foisonnait d’idées, d’expériences, et de mouvements sociaux !

Lire la suite http://blogs.mediapart.fr/blog/luttes-paris-8 >>

lundi 9 mars 2015

Soutien au personnel de l’université de Saint-Denis (Paris 8) en grève

Le 5 mars, les syndicats et collectifs de personnel et d’étudiant-e-s se sont réunis pour dénoncer la politique austéritaire du gouvernement et une de ses conséquences, la précarisation constante des universités en France.

La lutte contre ces politiques austéritaires a pris un tour particulier à l’université Paris 8 de Saint-Denis : depuis près d’un mois et demi, le collectif des bas salaires de l’université de Paris 8 se mobilise est en grève. Une grève offensive avec des revendications claires : augmentation de 98 euros net par mois pour toutes et tous, remise en cause du système individuel des primes qui introduit une concurrence entre membres du personnel, transparence des comptes (l’université s’est montrée incapable de donner un compte-rendu clair de la gestion d’attribution des primes), négociations sur les évolutions de carrière afin de permettre aux personnes proches de la retraite de bénéficier de meilleurs revenus en fin de carrière.

La présidente de l’université, Danielle Tartakowsky, dont la plume a longtemps soutenu les mouvements sociaux, a préféré maintenir le conflit à un niveau malsain : aux revendications légitimes, elle répond par des retenues de salaire, signant là, une triste première à l’université de Paris 8. Cette décision politique est emblématique au regard de l’histoire de l’université, issue de Mai 68, célèbre pour ses mobilisations et ses batailles pour une réelle ouverture sociale. Ne laissons pas la logique de l’austérité et de la répression s’installer à Paris 8 ! La grève est un droit et un devoir, elle est légitime !

Le Parti de Gauche de Saint-Denis apporte tout son soutien à la lutte des membres du personnel de l’université de Saint-Denis, notamment ceux de catégorie C. Leur lutte est soutenue par les syndicats de personnels, par des partis politiques présents à l’université et des étudiants. Soyons nous aussi solidaires ! Les grévistes assurent une permanence quasi quotidienne à l’université (hall A). Ils ont besoin de l’aide de toutes et de tous, qu’il s’agisse de soutien moral ou financier (achat du journal de grève, participation à la caisse de grève…). Vous pouvez les contacter pour être tenu-e au courant des mobilisations et des moyens d’actions : collectif.bas.salaires.p8@gmail.com

Le Comité du Parti de Gauche de Saint-Denis.

mercredi 14 mai 2014

Pourquoi la journée nationale d'action le 15 mai dans la fonction publique

Les organisations syndicales CGT – SOLIDAIRES - CFDT - CFTC – FA-FP - FSU - UNSA, dénoncent une nouvelle fois, l'absence de négociations salariales dans la Fonction publique et la dégradation de la qualité de l'emploi public.

La politique d’austérité salariale menée par le gouvernement à l’égard des agents publics aboutit à une baisse incessante de leur pouvoir d'achat.

Le contentieux salarial s’accumule et la poursuite du gel du point d’indice est inacceptable !

Les agents de la fonction publique jouent un rôle déterminant dans notre société. La qualité des services rendus aux usagers est leur préoccupation majeure.

La reconnaissance de leur travail ne peut donc plus attendre.

Le gouvernement doit ouvrir sans délai de réelles négociations sur les rémunérations et garantir des emplois publics de qualité correspondant aux besoins.

Les organisations syndicales exigent une revalorisation immédiate du point d'indice, la refonte de la grille indiciaire permettant la revalorisation de tous les métiers et des mesures de rattrapage.

Elles appellent les agents des trois versants de la Fonction publique à une journée nationale d'action et de mobilisation le 15 mai prochain, journée qui pourra prendre des formes diversifiées (rassemblements, manifestations, grèves, arrêts de travail...).