Blog de Christophe Girard, militant à Saint-Denis

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Tag - politique de la Ville

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jeudi 16 janvier 2014

14 propositions pour 2014 - Contribution de Ville & Banlieue à la campagne des élections municipales

L'association des Maires de Ville & Banlieue a donné ce matin une conférence de presse afin de présenter notre contribution à la campagne municipale. Il s'agit de points qui font consensus parmi l'ensembles de élus membres de l'association, de l'UMP au PCF. A la tribune, aux côtés du président de l'association, Renaud Gauquelin (PS) nous avons, avec Philippe Rio (PCF) et Stéphane Beaudet (UMP) nous avons insisté sur la nécessité de mobilisation du droit commun, du renforcement de la participation des habitants et le maintien du Maire comme pivot de toute les politiques territoriales mises en oeuvre. J'ai par ailleurs souligné l'aberration de la loi sur le Grand Paris qui aurait la compétence de la politique de la ville dès 2016 alors que la contractualisation des futurs contrats de ville se fera avec les intercommunalités et les villes dès 2014. J'ai par ailleurs pointé le manque de moyens dont disposent les villes en croissance démographique et rappelé le besoin que l'Etat soutienne les villes bâtisseuses : Saint-Denis construit un groupe scolaire par an, soit 15 à 20 millions d'euros d'investissement, sans aide particulière ; ces sommes manquent ensuite pour construire une piscine ou améliorer les bâtiment communaux anciens.

Voici les 14 propositions de Ville & banlieue :

SOLIDARITÉ

Proposition 1
POUR UNE SOLIDARITE UNIVERSELLE AVEC LES QUARTIERS PRIORITAIRES

Le projet de loi « pour la ville et la cohésion urbaine » le réaffirme : la politique de la ville doit contribuer à réduire les écarts entre les quartiers prioritaires et les agglomérations auxquelles ils appartiennent. Dans cette optique, la solidarité doit prévaloir à tous les échelons, du national au local.

Pour cela, il faut accentuer la progression de la péréquation en augmentant la Dotation de Solidarité Urbaine (DSU) cible et en créant une Dotation politique de la Ville (DPV)

Cette DPV doit être réservée aux quartiers prioritaires et versée directement aux communes qui les abritent ou, sous réserve de leur accord, à l’intercommunalité.

Les moyens de droit commun des intercommunalités doivent être plus fortement mobilisés à destination des quartiers prioritaires.

La dotation de solidarité communautaire (DSC), qui devient obligatoire pour tous les territoires en contrats de ville, doit être fléchée vers les communes comportant des quartiers prioritaires et être proportionnelle aux besoins de leurs habitants.

Il faudra également réfléchir à une évolution du Fonds de péréquation des communes de la région d’Île-de-France (FSRIF), et du Fonds national de péréquation intercommunal et communal (FPIC).

Proposition 2
MOBILISER LE DROIT COMMUN DE L’ETAT ET DE TOUTES LES COLLECTIVITES LOCALES

La réinsertion des quartiers et de leurs habitants dans le droit commun de la République ne peut relever de la seule politique de la ville. La responsabilité de l’Etat et de tous les pouvoirs décentralisés y est engagée à travers l’ensemble de leurs politiques publiques, qui doivent toutes prendre en compte la priorité des quartiers. Ceci dans tous les secteurs clés : éducation, emploi, santé, prévention et sécurité, justice… Comme dans toutes les stratégies territoriales : contrats de plan, contrats de territoires, documents de planification (PLH, SCOT, SRADDT, SDRIF, CDT).

Au-delà de la compétence politique de la ville, il est indispensable que les cofinancements de projets soient rendus possibles aussi bien en fonctionnement qu’en investissement. Et que l’engagement des moyens de droit commun fasse l’objet d’un suivi/évaluation régulier et rigoureux, par exemple à l’occasion du rapport annuel aux EPCI.

DEMOCRATIE

Proposition 3
LE MAIRE, CHEVILLE OUVRIERE DE LA POLITIQUE DE LA VILLE

L’article 5 du projet de loi Lamy prévoit que les contrats de ville sont « conclus à l’échelle intercommunale entre d’une part, l’État et ses établissements publics et, d’autre part, les communes et EPCI ». Il précise par ailleurs que leurs objectifs s’inscrivent dans les orientations définies à l’échelle intercommunale par l’EPCI ».

Pour nous, non seulement les maires doivent participer à l’élaboration de la stratégie d’agglomération en matière de politique de la ville, mais eux seuls sont en mesure de coordonner les actions portées par l’ensemble des acteurs sur leurs quartiers prioritaires. C’est pourquoi nous souhaitons que la gouvernance des contrats continue d’être pilotée par les maires dans le cadre d’une stratégie concertée à l’échelle intercommunale.

Proposition 4
POUR UNE RENAISSANCE CITOYENNE DES QUARTIERS, DES HABITANTS COPRODUCTEURS DE LEUR VILLE

Nous le demandons depuis longtemps et le projet de loi Lamy y pousse dans le sillage du rapport Bacqué / Mechmache, avec la proposition de « conseils citoyens » : il faut remettre les habitants au coeur de leur vie dans leur quartier, leur redonner un droit à l’expression et à la participation dans la définition des projets. Repenser dans ce sens les outils de la concertation.

Les habitants doivent être associés le plus en amont possible à la définition du projet urbain et tout au long des processus de rénovation urbaine. Mais il faut aussi leur offrir tous les outils leur permettant d’intervenir dans le débat public : formations ad hoc, droit de saisine et d’initiative, tables locales de concertations fédérant les forces vives des quartiers, collèges citoyens dans les différentes instances locales pour l’aménagement, le logement, l’éducation, la sécurité, la santé ou l’action sociale.

Proposition 5
CONFORTER L’ACTION ASSOCIATIVE

Les associations accomplissent un travail essentiel de lien social et parfois de « quasi service public » dans nos quartiers. Par souci d’efficacité autant que de démocratie, il faut conforter leur place dans les prochains contrats de ville : mieux les accompagner, les soutenir sur la durée par des financements pluriannuels, veiller à ne pas alourdir leurs charges administratives, les associer à la définition, au portage et au suivi des politiques publiques, enfin chercher à les faire travailler de façon collégiale et concertée au service de l’intérêt général et du bien commun.

LOGEMENT

Proposition 6
RÉEQUILIBRER L’HABITAT AU SEIN DES AGGLOMERATIONS

L’échelle intercommunale doit être l’échelle de la mixité sociale, via une répartition plus équitable des logements sociaux et de l’accueil des populations les plus en difficulté dans l’agglomération.

Il faut désormais mobiliser l’ensemble des communes de l’EPCI soumises à l’article 55 de la loi SRU pour faire respecter cette obligation de mixité par l’habitat (notamment à travers le PLH). Sauf avis contraire du maire, il faut interdire le droit au logement opposable (DALO) dans les quartiers prioritaires, qui ghettoïse un peu plus des quartiers déjà ségrégés.

Proposition 7
ACCENTUER LA LUTTE CONTRE LA PRECARITE ENERGETIQUE

La précarité énergétique concerne déjà plus de 6 millions de personnes et 3 millions de foyers, et 4 fois plus les locataires du parc social que les propriétaires occupants du parc privé. La combattre, c’est à la fois défendre un bien essentiel (le chauffage de son logement), défendre le pouvoir d’achat des ménages les plus vulnérables, et l’emploi local dans la rénovation thermique du bâtiment.

Pour nous, la performance énergétique et thermique doit concerner les PRU 1 comme ceux de seconde génération (ainsi que le prévoit le projet de loi Lamy), le logement ancien comme le logement neuf, les copropriétés dégradées comme les logements du parc locatif social. Nous demandons donc des études de l’Observatoire national de la précarité énergétique, des expertises de l’ADEME, des actions de sensibilisation/prévention auprès des habitants, des aides aux travaux et une extension des tarifs sociaux accordés aux ménages en difficulté financière.

DEVELOPPEMENT ET EMPLOI

Proposition 8
AIDER LES PERSONNES ET LES QUARTIERS VULNERABLES A RETROUVER LE CHEMIN DE L’EMPLOI

Les zones franches urbaines ne suffiront pas à réduire le chômage dans nos quartiers. Il est donc nécessaire de développer les emplois aidés au bénéfice prioritaire des jeunes et des personnes les plus éloignées de l’emploi dans ces quartiers. Près de 100 000 « emplois d’avenir » auront été créés dans ce but en 2013. 5.000 « emplois francs » sont expérimentés en ce sens. Nous voulons que toutes les agglomérations se mobilisent pour identifier et recruter les personnes devant bénéficier de ces dispositifs. Et pour que ces expériences puissent déboucher à partir de 2016 sur des emplois pérennes.

Au-delà, les zones franches urbaines représentent à ce jour le seul dispositif à favoriser le maintien d’activité dans les quartiers. Actuellement prolongées jusqu’à fin 2014, nous proposons que les ZFU le soient jusqu’en 2016. Nous souhaitons cependant que la clause d’embauche locale soit maintenue à 50%. Et que le bénéfice du dispositif accordé aux professions libérales soit réservé aux professionnels de santé conventionnés contribuant à l’accroissement de l’offre de soins dans les quartiers concernés.

Enfin, les entreprises sont en demande de sécurisation, de « fiabilisation » du demandeur d’emploi. Sur ce point, de nombreux dispositifs coexistent, localement, sans véritable complémentarité. Il faut un dispositif global simplifié d’accompagnement des demandeurs d’emploi, notamment des jeunes : qui combine formation initiale et continue, accès à un logement, permis de conduire, achat d’un véhicule, garde d’enfants… le cas échéant en contrepartie d’un engagement civique. Les agglomérations doivent être en première ligne dans cet accompagnement. Et les missions locales doivent être soutenues de toute la force de la puissance publique pour en faciliter la mise en œuvre.

ÉDUCATION

Proposition 9
APPRENTISSAGES FONDAMENTAUX ET RISQUES DE DECROCHAGE : PLUS DE MOYENS POUR LES MOMENTS-CLES

La période allant de la petite enfance au primaire est celle de l’apprentissage des fondamentaux, véritables marqueurs sociaux : parler, lire, écrire et compter. Le décrochage scolaire vient souvent directement de cette période. Il faut donc renforcer ce cycle dans les secteurs urbains les plus défavorisés.

Si la loi de Refondation de l’école apporte un début de réponse à cette nécessité en octroyant 25% des moyens (« scolarisation à 2 ans », « plus de maîtres que de classes ») aux quartiers prioritaires, nous proposons aussi d’expérimenter dans nos quartiers en ZEP le maître unique de la grande section au CE1 ; de concentrer les PRE sur la tranche des de 5 / 8 ans ; de redonner à la médecine scolaire de vrais moyens de dépistage et d’intervention ; de déployer le dispositif anti-décrochage aussi à ce niveau précoce.

S’agissant de la mise en place des temps d’activités périscolaires (TAP), les crédits dédiés aux villes pauvres au titre du fonds d’amorçage doivent être pérennisés. D’autre part, les écoles de la deuxième chance (E2C) assurent l'insertion sociale et professionnelle de jeunes de 18 à 25 ans sans qualification ni emploi, sortis du système scolaire sans succès. Elles ont aujourd’hui fait leurs preuves : fin 2011, sur 100 sites, elles accueillaient près de 11 500 jeunes… avec 59 % de sorties positives (mi emploi, mi formation). Et le dispositif E2C confirme son rôle positif dans l'intégration sociale et professionnelle des jeunes ; il doit être étendu en commençant par les régions les plus vulnérables au plan social urbain : Ile-de-France, Nord/Pas-de-Calais, PACA…

Proposition 10
UNE POLITIQUE DE LA LANGUE POUR UNE CITOYENNETE ELARGIE

Les quartiers sont multiculturels, ce qui devrait être un atout dans un monde désormais globalisé. Or, parfois tiraillés entre deux cultures, les jeunes le sont souvent entre des langues qu’ils ont également du mal à maîtriser. Une politique de la langue est donc décisive dans les quartiers de la politique de la ville, notamment auprès des enfants d’origine étrangère.

Nous préconisons d’une part un apprentissage renforcé de la langue et de l’expression françaises pour les enfants et leurs familles, à l’école primaire et hors l’école (via des ateliers sociolinguistiques plus nombreux) ; d’autre part un développement du bilinguisme (puis du multilinguisme) dans les quartiers, en proposant à tous les enfants un enseignement de langue étrangère (suivi sur le primaire et le collège), faisant toute leur place aux langues d’origine.

SANTE

Proposition 11
FAIRE REVENIR LA MEDECINE DE VILLE DANS LES QUARTIERS

La désertification médicale ne touche pas seulement le rural profond ou les secteurs périurbains. Elle affecte aussi les périphéries urbaines denses, où il devient urgent de restaurer un service médical digne de notre développement. Les Agences régionales de santé (ARS) doivent se mobiliser politiquement et financièrement sur cet objectif.

Toutes les formules doivent être explorées pour permettre aux praticiens du secteur 1 aujourd’hui déficitaires (généralistes, dentistes, ophtalmologistes, gynécologues, pédiatres, psychologues/ psychiatres…) de s’établir dans les communes en politique de la ville : aides à l’installation ou au regroupement, exonérations fiscales, garanties sécurité et assurance, médecins salariés d’une association ou recrutés par d’autres médecins, médecins volants … Si le dispositif des PTMG va dans le bon sens, nous voulons privilégier les lieux pluridisciplinaires (atelier, centre ou maison de santé) combinant écoute des personnes et offre de soins.

Proposition 12
REDONNER SA PLACE A UNE POLITIQUE DE PREVENTION AMBITIEUSE ET GLOBALISEE

Les moyens de la politique de prévention sont en décalage avec les besoins du terrain. Il faut une politique de prévention ambitieuse, tant dans les moyens consacrés que les objectifs affichés. Sa doctrine doit être renouvelée en redonnant toute sa place à une politique de prévention globalisée, étendue à l’école, à l’habitat, à la sécurité et à la santé…

Nous voulons voir développer la prévention primaire éducative et sanitaire, l’encadrement socio-éducatif, le soutien à la parentalité et la santé mentale. Il nous parait urgent de conforter les métiers et les effectifs de la médiation, de soutenir les travailleurs sociaux et les associations en leur assurant une stabilité.

CULTURE

Proposition 13
MEDIATION, ARTISTES EN RESIDENCE, CONSEILS LOCAUX… POUR UNE CULTURE QUI RAPPROCHE ET QUI FEDERE

L’objectif premier des institutions culturelles reste l’aide à la création et à la diffusion des formes artistiques contemporaines. Il est maintenant nécessaire mettre l’accent sur la sensibilisation des populations éloignées de la culture, les actions culturelles en direction des établissements scolaires, les manifestations au coeur des quartiers, dans l’espace public, via une médiation culturelle renforcée. L’on observe aussi que les artistes travaillent sur un autre registre que celui des travailleurs sociaux ou des animateurs, et bénéficient d’une liberté qui facilite un contact différent avec les habitants. Il faut impliquer les artistes dans le portage et la mise en œuvre des politiques culturelles, en les rapprochant notamment des structures locales (MJC, CSC) pour développer des projets culturels ; et développer les résidences d’artistes au cœur des quartiers.

Enfin, il nous faut définir des « stratégies culturelles de territoire » fédérant les différentes pratiques et les différents acteurs : des « conseils locaux de promotion des pratiques culturelles » favoriseraient une connaissance réciproque et des échanges entre des acteurs qui ne discutent pas nécessairement ensemble aujourd’hui : la commune, la DRAC, les institutions culturelles soutenues par le Ministère de la Culture, les structures de proximité (MJC, CSC), les nouveaux lieux alternatifs…

SPORT

Proposition 14
ÉDUCATION PAR LE SPORT, SPORT FEMININ, SPORT SANTE… POUR UNE APPROCHE SOCIALE ET CITOYENNE DU SPORT

L’éducation populaire a démontré le rôle du sport dans l’apprentissage de la citoyenneté par les jeunes. Il faut renforcer la place du sport dans les quartiers prioritaires : rendre obligatoire le volet sport dans les CUCS, encourager l’implication des jeunes dans la construction des projets du club ou de l’association ; accorder davantage de place au sport dans les cursus scolaires par une flexibilité supplémentaire dans ces quartiers ; accompagner des projets d’équipements en mobilisant le CNDS et favoriser les associations qui proposent des sports nouveaux, pour mieux répondre à la demande des jeunes et valoriser la diversité culturelle.

Par ailleurs, les filles et les femmes sont sous-représentées, et parfois absentes, dans les pratiques sportives et l’encadrement. Des stratégies volontaristes en faveur du sport féminin sont donc nécessaires : la participation des femmes à une activité sportive doit devenir un critère prépondérant des contrats d’objectifs et de l’attribution des subventions. Il faut leur favoriser les accès aux équipements à partir de campagnes d’information ciblées.

Enfin, le sport santé et le sport bien-être sont souvent « abandonnés » aux entrepreneurs du fitness qui ne s’adressent qu’aux catégories sociales privilégiées. Une campagne nationale doit faire de la pédagogie sur le sport-santé. Localement, des créneaux doivent être réservés aux pratiques familiales ou de loisirs en dehors des champs fédéraux. Des parcours de santé devraient être réalisés dans le cadre de la rénovation urbaine. Un système subventionné de « pass’ sportif » pourrait être généralisé et réservé aux familles sous conditions de ressources et permettre l’accès de tous aux pratiques proposées par les clubs de la ville.

mardi 16 avril 2013

Occupation du bureau des directeur-trice-s pour l'école de la République en Seine-Saint-Denis

Ce matin, j’accompagnais les parents d’élèves dans l’occupation du bureau de la directrice de l’école élémentaire Marcel Sembat, à Saint-Denis. Là comme dans de très nombreuses écoles du département, ce mouvement initié par le collectif des parents d’élèves du 93 visait à protester contre les non remplacements d'enseignant-e-s absent-e-s et obtenir des enseignant-e-s spécialisé-e-s pour les enfants en difficulté, des agents de vie scolaire en nombre suffisant pour les enfants porteurs de handicaps et des médecins scolaires.

Car dans toute la Seine-Saint-Denis l'école est en danger. Ce matin, à Marcel-Sembat c’étaient trois enseignants absents qui n’étaient pas remplacés (l’une d’elle est absente depuis une semaine). A l’école Jean-Vilar (toujours à Saint-Denis), une classe de CE1 cumule depuis le début de l’année 5 semaines sans enseignant.

Aujourd'hui l'école ne garantit plus l'égalité pour tous, n'assure plus l'accès aux savoirs pour tous. Aujourd’hui en Seine-Saint-Denis, nous n’avons pas droit à l’école de la République. Dès leur plus jeune âge les Séquano-Dionysiens n’ont que l’inégalité des chances comme perspective. Pour ne plus décompter annuellement 150 000 jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification, le gouvernement propose de donner la priorité aux villes de banlieues dans la scolarisation des moins de 3 ans... alors qu'il manque déjà d'enseignants pour assurer les cours tous les jours aux 3-16 ans. En Seine-Saint-Denis, par exemple, ce sont 250 professeurs des écoles qu'il faudrait recruter dès cette année, voire près de 600 pour mettre en place le programme "plus de maîtres que de classes" (1 enseignant de plus que de classes dans toutes les écoles situées en Zone d'éducation prioritaire (ZEP).

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Comme nous l’avons prôné dans notre « Manifeste pour l’éducation : l’égalité pour nos enfants » , l’objectif de l’école de la République est « l’égalité de résultats au travers de la planification des moyens nécessaires sur quatre ans (…) L’égalité que nous revendiquons est l’égalité réelle qui prend en compte les différences de capital culturel et les conditions sociales concrètes des familles pour arrêter de reproduire les inégalités. Elle n’est pas celle d’un socle de savoirs minimal concédé aux enfants des territoires et familles populaires. »

Les propositions du gouvernement ne sont pas à la hauteur de la haute ambition éducative pour tous que nous portons. Elle appelle la mobilisation de tous les moyens humains, des travaux et des pratiques pédagogiques nécessaires pour s’attaquer de façon massive, coordonnée et adaptée aux inégalités scolaires. Pas des mesurettes et des effets d’annonce. Déjà le 6 février, je démontrais pourquoi 150 enseignants de plus à la prochaine rentrée en Seine-Saint-Denis étaient un cautère sur une jambe de bois. Cette démonstration a été confortée par l’annonce de l’Inspection académique d’envisager 6 ouvertures de classe l'an prochain à Saint-Denis quand les services de la Ville en prévoient 11… la rentrée 2013 s’annonce très mal.

lundi 15 avril 2013

Appel des quartiers populaires pour la VIe République

Nous, les populations des quartiers populaires, sommes la première cible des attaques économiques et des politiques d’austérité imposées par les libéraux de tout bords depuis 30 ans.

Nous servons de boucs émissaires à la crise économique et subissons de plein fouet le racisme distillé par le Front National et repris en chœur par l’UMP avec des suites jusque dans la politique du gouvernement PS. Le chômage de masse qui sévit au sein de nos familles est la conséquence de l’avidité des actionnaires mais ce sont nos supposées« origines », « culture » et même « religion » qui déchaînent la violence verbale des médias et de nombreux politiciens.

Aujourd’hui la diversion ne fonctionne plus ! Il est maintenant limpide que ces « belles personnes » de la politique, des médias, de l’industrie et de la finance partagent et défendent les mêmes intérêts : l’argent, le profit pour eux-mêmes et les leurs. Leurs liens avec la finance sont dévoilés au grand jour alors que rien n’est fait pour combattre la fraude et l’évasion fiscale des puissants. Les partis politiques prônant l’économie de marché ont pour moteur le profit individuel. A eux d’assumer la misère qu’ils engendrent ! A nous d’œuvrer pour l’intérêt général, le nôtre !

Marre de ce système ! Marchons pour un grand coup de balai et pour la 6e République ! Ni la couleur de peau, ni la tenue vestimentaire, ni la langue de nos parents ou notre pays d’origine ne sont responsables de la situation économique et politique lamentable du pays dont nous portons les dramatiques conséquences. Nos Quartiers sont depuis 30 ans les laboratoires de la gestion de la misère : contrôle policier, attaques des droits sociaux, destruction des services publics, clientélisme ; et de son exploitation maximum : travail précaire, spéculation immobilière, discriminations.

En première ligne, militant-es et habitant-es des Quartiers nous nous battons quotidiennement pour l’accès aux droits et à l’égalité. Notre colère et notre volonté de renverser les privilèges doivent, plus que jamais, trouver la voie de la construction, de la solidarité et de l’intelligence. Nous voulons faire face à l’individualisme, à la haine de classe et aux stigmatisations religieuses et culturelles.

Nous savons désormais que les dirigeants actuels sont moins aptes que nous à régler les crises économiques et institutionnelles. Nous savons qu’ils ne défendent pas nos vies mais leurs intérêts. Nous sommes révoltés par le mépris et l’arrogance de l’oligarchie quand tous les jours la précarité est le quotidien de millions d’entre-nous.

Il est temps de reprendre la main sur nos vies et d’envisager des destins dignes et humains en devenant acteurs face à ce régime politique en perdition : nous, habitants des quartiers populaires, militants politiques, bénévoles d’associations, syndicalistes, acteurs, sportifs et citoyens, appelons à participer à la grande marche citoyenne pour la VIe République. Rejoignez-nous dès le 5 mai 2013 pour agir ensemble et reprendre le pouvoir !

vendredi 5 avril 2013

Une délégation de Plaine Commune reçue au ministère de la Ville

Patrick Braouezec, Jacques Salvator, Elisabeth Bourgain, Marianne Bureau (Jade), Véronique Saint-Aubin (SFMAD) et Rémy Beauvisage (SIAE) nous avons été reçus ce 5 avril par le directeur de cabinet adjoint du Ministre Lamy accompagné de M. Rouvet, Préfet délégué à l’égalité des chances, Laurence Girard, Directrice générale de l'Acsé, Mme Bornand, chef du bureau de la sous-préfecture, M. Vielhescaze, conseiller du Ministre chargé des territoires.

Ce rendez-vous avait été demandé par Plaine Commune suite à l'annonce de la reconduction des crédits 2012 pour le Contrat urbain de cohésion social (Cucs) communautaire, alors que nous avions travaillé avec les services de l'Etat sur une montée en puissance du dispositif pour l'année 2013 et comptions obtenir 659 300 €.

Un entretien constructif d'environ une heure s'est tenu durant lequel les membres de la délégation ont rappelé l'importance du travail conjoint (villes, associations, communauté d'agglomération) mené en vue de l'élaboration du Cucs communautaire et la grande inquiétude des associations quant à leur avenir si les crédits CUCS n'étaient pas augmentés. Les annonces du récent comité interministériel des villes, affirmant la nécessité de renforcer la politique de la ville dans les quartiers les plus en difficulté, et de placer les agglomérations au cœur des nouveaux contrats ont été accueillies avec intérêt par les élus et associations de Plaine Commune, ce qui rend d'autant plus incompréhensible l'absence d'augmentation des crédits du CUCS communautaire.

Le représentant du Ministre a rappelé l'attention toute particulière portée au territoire de Plaine Commune qui fait figure de pionnier avec son CUCS communautaire et la volonté de rééquilibrage des crédits de la politique de la ville en Seine-Saint-Denis. Il a annoncé une augmentation significative de la péréquation financière pour 2013 (DSU et DDU notamment) ainsi qu'une augmentation des crédits politique de la ville (CUCS communaux, 3 Zones de sécurité prioritaire du territoire, PRE) au bénéfice des villes de Plaine Commune. Cette augmentation représenterait 12 à 24% pour les villes du territoire.

En conclusion du au rendez-vous, il a été acté que:
- Concernant le CUCS communautaire, une enveloppe supplémentaire de 10 à 15 % (40 à 60 0000 €) pourrait être octroyée, le Ministre devant donner son feu vert dans les jours à venir.
- concernant l’augmentation de la péréquation, Le préfet délégué à l’égalité des chances doit, dans la semaine, nous faire parvenir un document qui confirme pour 2013 le niveau de financement de l’Etat au titre de la politique de la ville (Cucs, Programme de réussité Educative, Fonds Interministériel de Prévention de la Délinquance, Dotation de Solidarité Urbaine, Dotation de Développement Urbain) ville par ville. Il est suggéré par l'Etat de dégager, sur l’augmentation de la dotation, des crédits supplémentaires pour financer le Cucs communautaire à la hauteur demandée. Un travail avec les élus et Plaine Commune devra s’engager rapidement dans ce sens.
- les villes et Plaine Commune poursuivront le travail avec la Préfecture en vue d'une convergence entre Cucs des villes et de l'agglomération pour l'année 2014, préfigurant ainsi les futurs contrats de villes qui seront signés avec les Communautés d'agglomération.

Il est regrettable que le Ministère de la ville n'ait pas consenti les efforts nécessaires à la mise en oeuvre d'un volet emploi-insertion plus ambitieux que celui que nous allons être contraints de programmer sur 2013. A ce titre il convient de prendre la mesure des enjeux des négociations qui vont s'engager dans les tout prochains mois autour de la nouvelle contractualisation de la politique de la ville. Je compte y associer l'ensemble des structures porteuses de projets car en matière d'emploi, de besoins sociaux, d'éducation car il faudra peser : il y a un gouffre entre la réalité que nous constatons au quotidien et la vision que l'on en a dans le VIIe arrondissement de Paris.

mardi 19 février 2013

Comité interministériel des villes : le plan désespoir banlieues du gouvernement

"L’Etat républicain doit être présent partout sur le territoire national pour rétablir l’égalité entre les territoires et entre les citoyens", a clamé le Premier ministre lundi 18 février, en visite à Clichy-sous-Bois (93) pour "marquer la relance d'une politique de la ville en panne". Bien ! Mais de quelle relance parle-t-il ?

Constat amère : les 27 propositions du gouvernement officiellement présentée ce jour en Comité interministériel de la ville (CIV) devront être mises en oeuvre sans mobilisation de moyens nouveaux, sauf l'expérimentation de 2.000 "emplois francs" avec à la clé une subvention de 5.000 euros pour l'embauche de jeunes des quartiers. Les dix conventions triennales signées avec différents ministères pour un « droit commun renforcé » dans les quartiers resteront lettre morte faute de budgets adéquats.

En affirmant que son objectif est de réserver 30% des emplois d'avenir et 25% des services civiques pour les jeunes des quartiers défavorisés, le gouvernement signe son manque d'ambition dans la lutte contre le chômage qui atteint parfois plus de 50% des jeunes actifs de nos quartiers. En effet le public ciblé par ces dispositifs est celui des jeunes peu ou pas diplômés. Il s'agit d'un effet d'annonce destiné à masquer l'impuissance du gouvernement à engager une véritable guère contre le chômage, notamment celui des jeunes.

Côté éducation, pour ne plus décompter annuellement 150 000 jeunes qui sortent du système scolaire sans qualification, le gouvernement propose de donner la priorité aux villes de banlieues dans la scolarisation des moins de 3 ans... alors qu'il manque déjà d'enseignants pour assurer les cours tous les jours aux 3-16 ans. En Seine-Saint-Denis, par exemple, ce sont 250 professeurs des écoles qu'il faudrait recruter dès cette année, voire 460 pour mettre en place le programme "plus de maîtres que de classes" (1 enseignant de plus que de classes dans toutes les écoles situées en Zone d'éducation prioritaire (ZEP).

Même la rénovation urbaine est en panne. Si la date-butoir des actuels Programmes de rénovation urbaine (PRU) est reportée à fin 2015, ce qui était déjà quasi-acquis pour permettre aux projets d'aller à leur terme, l'annonce d'une "nouvelle génération d'opérations" relève du flou le plus total. Aucune précision sur le nombre et la localisation des territoires concernés (il est question d'une "liste définie par l'Etat de quartiers prioritaires" dont personne n'a vu la couleur) et surtout aucun montant n'est précisé pour le financement de ces travaux.

Emploi, éducation, logement, santé, discriminations, urbain, sécurité... aucune annonce n'est de nature à "redonner de l'espoir dans les quartiers" pour reprendre les termes utilisés par le Président de la République, François Hollande. On est loin de ce que nous préconisons au Parti de Gauche pour les quartiers populaires : négocier sans faillir des programmes d'actions particulièrement exigeants en matière d'éducation, de développement économique, d'habitat, d'emploi, de formation, de santé, d'équipements publics et infrastructures, de planification écologique.

Une avancée positive émerge toutefois des 27 mesurettes du gouvernement : l'implication de tous les acteurs (préfet, maire et président de l’intercommunalité, Région, Département, Recteur, ARS, CAF, Pôle Emploi, institution judiciaire, chambres consulaires et bailleurs…) dans la conclusion de contrats de ville. Dommage toutefois que leur pilotage échappe aux maires et soit désormais dévolu aux intercommunalités, d'où le risque d'un positionnement technocratique et d'une compilation de déclarations d'intentions sans effets réels sur les besoins et réponses à apporter aux habitants des territoires concernés par la politique de la ville. Cette éloignement du terrain rend caduque la volonté affichée par le gouvernement de "donner toute leur place aux acteurs de proximité et aux habitants" notamment "au stade de l’élaboration même des futurs contrats de ville, qui tiendront compte de leur connaissance des réalités, de leur expertise d’usage, de leurs propositions et de leur capacité à développer des actions collectives". Une seconde idée qui aurait pu être positive.

Les banlieues et, ce qui importe plus encore, leurs habitants souffrent terriblement. Les quartiers populaires sont le réceptacle de toutes les difficultés : chômage (surtout celui des jeunes et des femmes), échec scolaire, absence de couverture maladie, pénurie de logement dignes et accessibles, recul du service public, discriminations en tout genre, stigmatisation voire bouc émissaire. Décrits comme sources de nombreux maux de notre société, les habitants des quartiers populaires en sont en réalité les principales victimes. Comme ils sont les victimes des politiques d'austérités menées ces dernières années par la droite comme par le gouvernement actuel.

La solution passe par une indispensable ruptures par rapport aux politiques passées. A notre sens la solution réside dans le partage des richesses, le développement des services publics, une nouvelle politique économique réfutant l’austérité et privilégiant l’emploi et le pouvoir d’achat, la construction de 200 000 logements sociaux par an accompagnant la baisse des loyers privés dans les zones tendus, un nouveau projet éducatif, la lutte contre les discriminations, etc. Un ensemble de politiques de droit commun renforcé qui s’attaquent aux racines des difficultés économiques et sociales que connaissent les habitants de ces territoires plutôt qu'une gestion austéritaire.

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