Blog de Christophe Girard, militant à Saint-Denis

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dimanche 11 mars 2018

On atteint le sommet de l'abjection au col de Montgenévre

Témoignage glaçant transmis par mon ami Jean Sicard de PACA.

Une maraude ordinaire comme il s'en passe tous les jours depuis le début de l'hiver. Au pied de l'obélisque, une famille de réfugiés marche dans le froid. La mère est enceinte. Elle est accompagnée de son mari et de ses deux enfants (2 et 4 ans). Ils viennent tout juste de traverser la frontière, les valises dans une main, les enfants dans l'autre, à travers la tempête. Nous sommes 2 maraudeurs à les trouver, à les trouver là, désemparés, frigorifiés. La mère est complètement sous le choc, épuisée, elle ne peut plus mettre un pied devant l'autre. Nos thermos de thé chaud et nos couvertures ne suffisent en rien à faire face à la situation de détresse dans laquelle ils se trouvent. En discutant, on apprend que la maman est enceinte de 8 mois et demi. C'est l'alarme, je décide de prendre notre véhicule pour l' emmener au plus vite à l'hôpital. Dans la voiture, tout se déclenche. Arrivés au niveau de la Vachette(à 4km de Briançon), elle se tord dans tous les sens sur le siège avant. Les contractions sont bien là... c'est l'urgence.

J'accélère à tout berzingue. C'est la panique à bord. Lancé à 90km/h, j'arrive à l'entrée de Briançon... et là, barrage de douane. Il est 22h. « Bon sang, c'est pas possible, merde les flics ! ». Herse au milieu de la route, ils sont une dizaine à nous arrêter. Commence alors un long contrôle de police. "Qu'est ce que vous faites là ? Qui sont les gens dans la voiture ? Présentez nous vos papiers ? Ou est ce que vous avez trouvé ces migrants? Vous savez qu'ils sont en situation irrégulière !? Vous êtes en infraction !!!"... Un truc devenu habituel dans le briançonnais. Je les presse de me laisser l'emmener à l'hôpital dans l'urgence la plus totale. Refus ! Une douanière me lance tout d'abord « comment vous savez qu'elle est enceinte de 8 mois et demi ? » puis elle me stipule que je n'ai jamais accouché, et que par conséquence je suis incapable de juger l'urgence ou non de la situation. Cela m'exaspère, je lui rétorque que je suis pisteur secouriste et que je suis à même d'évaluer une situation d'urgence. Rien à faire, la voiture ne redécollera pas. Ils finissent par appeler les pompiers. Ces derniers mettent plus d'une heure à arriver. On est à 500 mètres de l'hôpital. La maman continue de se tordre sur le siège passager, les enfants pleurent sur la banquette arrière. J'en peux plus. Un situation absurde de plus.

Il est 23h passés, les pompiers sont là...ils emmènent après plus d'une heure de supplice la maman à l'hosto. Les enfants, le père et moi-même sommes conduits au poste de police de Briançon à quelques centaines de mètres de là. Fouille du véhicule, de mes affaires personnelles, contrôle de mon identité, questions diverses et variés, on me remet une convocation pour mercredi prochain à la PAF de Montgenèvre. C'est à ce moment-là qu'on m'explique que les douaniers étaient-là pour arrêter des passeurs. Le père et les deux petits sont quant à eux expulsés vers l'Italie. Pendant ce temps-là , le premier bébé des maraudes vient de naître à Briançon. C'est un petit garçon, naît par césarienne. Séparé de son père et de ses frères, l'hôpital somme la PAF de les faire revenir pour être au côté de la maman. Les flics finissent par obtempérer. Dans la nuit, la famille est à nouveau réunit.

La capacité des douaniers à évaluer une situation de détresse nous laisse perplexe et confirme l'incapacité de l'État à comprendre le drame qui se trame à nos maudites frontières. Quand à nous, cela nous renforce dans la légitimité et la nécessité de continuer à marauder... toutes les nuits.

jeudi 28 janvier 2016

Régularisation des travailleurs sans-papiers

Mercredi après-midi, environ 300 travailleurs sans-papiers (notamment de Seine-Saint-Denis) ont investi pacifiquement les locaux de l'inspection du travail à Paris XXe, soutenu en cela par l'intersyndicale du ministère du travail dont de nombreux militants occupent les locaux aux côtés des travailleurs.

Leurs revendications, relayées et reprises telles quelles par ladite intersyndicale, sont les suivantes :
- Que tout travailleur sans-papiers soit régularisé sur simple preuve de relation de travail, sans condition de durée, de séjour ou d'emploi,
- Que l'inspection du travail soit dotée d'un pouvoir de régularisation d'un sans-papiers sur simple constat d'une relation de travail,
- L'abrogation de la taxe de l'Office Français de l'Immigration et de l'intégration (OFII), discriminatoire et synonyme de préférence nationale, qui oblige l'employeur à payer une taxe avoisinant les 1000 euros pour l'embauche d'un travailleur sans-papiers, que celui-ci paye en réalité de sa poche.

Dans la soirée, au cours d'une seconde rencontre, il leur a été proposé un rendez-vous au ministère mardi prochain. Les travailleurs sans papiers, l'intersyndicale et leurs soutiens ont décidés de passer la nuit sur place et d'y rester jusqu'à ce que soit satisfaite leur exigence de rendez-vous immédiat. Finalement les sans-papiers et leurs soutiens, notamment l'intersyndicale CTT, SNUTEFE FSU, SOLIDAIRES, seront reçus aujourd'hui à 16 h 00 par le directeur de cabinet de la ministre du travail.

Le Parti de Gauche, présent aux côtés des travailleurs sans papiers, est solidaire de leur lutte et de leurs revendications. Nous poursuivrons le combat autant qu'il le faudra pour que soit respectée l'égalité des droits et que le gouvernement prenne les mesures nécessaires pour engager un vaste processus de régularisations pour mettre enfin un terme à cet esclavagisme moderne et à l'amplification d'un patronat voyou, qui profite sans vergogne de cette main d'œuvre très bon marché.

vendredi 17 octobre 2014

C'était il y a 53 ans seulement

17 octobre 1961

N'oublions pas les centaines de morts, les milliers de torturés, les dizaines de milliers de blessés, parmi lesquels de nombreux Dionysiens qui vivaient relégués dans des bidonvilles ou des logements insalubres. Des jeunes, des vieux, des femmes, des adolescentes... Je ne les oublie pas.

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mardi 14 octobre 2014

Stoppons la grande rafle européenne

Jusqu'au 26 octobre prochain, l’Union européenne lance une opération contre ce qu’elle décrit comme « migration illégale ». Il s’agit de mesures de sécurité accrues au sein de l’espace Schengen, dans les aéroports, les gares et aux postes frontières, en étroite collaboration avec Frontex (organisme militarisé, indépendant, de surveillance des frontières) et Europol.

Ces opérations ont été décidées dans la plus grande opacité au sein du Conseil de l’UE. Nous dénonçons cette méthode et exigeons de prendre connaissance des engagements pris au nom de notre pays.

Cette opération est en contradiction avec le droit à une protection internationale. Elle en ignore que la majorité des demandeurs d’asile fuient la guerre ou l’oppression. Cette opération n’aura pour seul résultat que l’augmentation du nombre de migrants incarcérés dans des centres de détention. Ces rafles représentent un énième coup de force des dirigeants européens contre les droits des migrants et visent à les criminaliser. Les illégalités institutionnelles telles que les refus de guichets, l’exigence de pièces non nécessaires à la constitution de dossiers d’ouverture de droits (santé, travail, logements, titres de séjour, allocations divers), sont autant de techniques de guerre contre les pauvres et les migrants.

Ces migrants sont en grande partie victimes des guerres soutenues par l’OTAN, organisation belliqueuse dont la France fait partie. Ces personnes sont victimes des politiques néolibérales de l’Union européenne, notamment ses accords de partenariat économique , qui visent à piller les ressources des pays du Sud.

Les associations civiles suédoises ont déjà demandé le retrait de leur pays de ces opérations.

Ainsi, le Parti de Gauche demande au Président de la République de refuser ces rafles en France et demande l’annulation pure et simple de cette circulaire. La France a effectivement un devoir d’agir : développer des moyens légaux et sûrs d’obtenir la protection en Europe pour les femmes, les hommes et les enfants en danger. Ceci va de pair avec la suppression de Frontex dont les atteintes aux droits humains (facilitées par la personnalité juridique et l’absence de mécanisme de plainte) sont sans cesse épinglées et détaillées par nombre d’ONG. Le seul devoir de la France consiste à assurer au niveau européen les normes les plus élevées dans les procédures d’asile et d’accueil, et devenir le fer de lance d’une véritable politique internationale aux pays du Sud de se développer. Encore une fois, la Ve République et son opacité ont frappé : François Hollande décide seul, secrètement, sous la pression d’une Europe de plus en plus autoritaire.

dimanche 15 décembre 2013

Mal-logés : nous proposons des solutions et le gouvernement PS répond à coups de Taser

Ce dimanche, les sans-logis de la rue Gabriel Péri, qui sont à la rue depuis 194 jours ont occupé, avec leurs soutiens, la basilique de Saint-Denis pour obtenir un hébergement.

Plutôt que d'accepter de les héberger à Saint-Denis, où un l'ancienne gendarmerie vient d'être reconvertie en centre d'hébergement de 60 places, le Préfet a diligenté sa police. Cette dernière a molesté le maire qui, ceint de son écharpe tricolore, voulait entrer dans l'édifice, l'un d'eux le menaçant même d'un Taser. Plus tard dans l'après-midi de nombreux soutiens nationaux se sont joints aux manifestants devant la basilique : Alain Krivine, Olivier Besancenot, Jacques Gaillot.

En début de soirée, la police de Manuel Valls a investi la basilique contre l'avis du clergé, prétextant qu'il s'agissait d'un bâtiment de l'Etat. Les occupant ont été expulsés. Du jamais vu depuis Saint-Bernard. Jules Moch doit jubiler !

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Photo Dominique Sanchez/Le JSD

Nous nous sommes alors dirigés en cortège vers l'ancienne gendarmerie où nous avons constaté la vacance de nombreux logements prêts à accueillir les mal-logés, fussent-ils sans-papiers. Le Parti de Gauche, comme le Front de Gauche, exige du ministère du Logement qu'il donne ordre au Préfet de faire enfin héberger les 25 personnes qui dorment dehors depuis déjà six mois. Il y a urgence. Il conviendra, dans le même temps que le gouvernement tienne ses engagements de campagne et régularise ceux qui vivent et travaillent ici.

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