Hayat Dhalfa

Ma camarade audonienne Hayat Dhalfa a finalement été emportée samedi par la maladie qui la rongeait depuis des années. Je suis triste comme, je l’imagine, tous ceux qui la connaissaient.

Je me souviens que c’est avec elle que nous avons créé le Parti de gauche sur l’ouest de la Seine-Saint-Denis. Elle avait une double obsession ; l’une qui est bien évidemment liée à son territoire d’intervention, l’autre liée à sa capacité d’agir quand on ne souhaite pas s’adapter au monde tel qu’il est. Voilà pourquoi elle refusait que l’on puisse considérer qu’il y ait des territoires “perdus pour la République”. Et aussi pourquoi elle était convaincue que le volontarisme politique qu’il nous fallait pour aborder les questions d’égalité, de partage des richesses, de l’Etat Social, de transformation social - pour ne pas céder à l’ethnicisation de la République ( dans ses formules sympathiques comme la diversité, comme dans celles qui le sont moins comme les quotas ou le fichage ethnique) - exigeait un front politique pour les élections certes mais aussi pour l’action de proximité.

Hayat Dhalfa Création PG
Hayat Dhalfa au meeting de création du Parti de Gauche - Novembre 2009 - L'Ile-Saint-Denis

Je me souviens aussi que c’est elle, au cabinet de Gilles Poux, qui a monté tout le dossier de saisine de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) en 2009 par la Ville de La Courneuve pour “discrimination territoriale”. Cette action a conduit le législateur à intégrer un 19e critère de discrimination (en plus de l'origine, la religion, le sexe, l'âge, le handicap, etc.) : le critère de l'adresse. Selon la Halde : ”Les discriminations individuelles qui s'exercent sur les habitants des quartiers en raison de leur lieu de résidence traduisent l'existence de stéréotypes et préjugés sur les territoires en difficulté.” L’Histoire retiendra que les honneurs ont été rendus à Gille Poux. Nous, nous savons que cette victoire, nous la devons à Hayat.

Je me souviens encore de l’incroyable campagne législative que nous avons menée en 2012 sur la 1ère circonscription de Seine-Saint-Denis. Personne ne donnait cher de sa candidature contre le “monstre” Le Roux. Elle est arrivée seconde au 1er tour, avec 17.86% des suffrages. Le troisième meilleur score d’un candidat PG à ces élections. Que de moments de vie extraordinaires avec des coups de gueule, de la fatigue, des pleurs... mais Ô combien de belles rencontres, d’amitié et de tranches de rigolade.

Malgré un état de santé déclinant elle a activement participé à la campagne législative d’Eric Coquerel dont elle a assuré la co-présidence du comité de soutien. Le député témoigne : “Sans elle je ne serai pas député aujourd'hui, sans sa maladie je suis convaincu que ce serait elle la députée FI de notre circonscription.” 

Je me souviens effectivement de son énergie et de sa ténacité qui la conduisait à ne jamais se considérer comme battue avant d’avoir livré l’ultime bataille. Elle est morte comme elle a vécu. En se battant.

Nous nous en souviendrons.

Hayat Dhalfa