Je connais bien le discours de Pétain du 11 octobre 1940 intitulé « l’ordre nouveau ». Il y développe son programme politique. C'est dans ce discours qu'apparaît pour la première fois le terme de « collaboration » : il oppose la « paix de collaboration » à la « paix d'oppression ». Mais si je connais bien ce texte, c'est en raison de sa teneur sur « l'égalité des chances ».

Lorsqu'en 2006, le gouvernement a décidé d'une Loi pour l'égalité des chances, je me suis souvenu que Pétain s'appuyait sur ce concept pour étayer sa « hiérarchie sociale »... justifiant toutes les inégalités : « Le régime nouveau sera une hiérarchie sociale. Il ne reposera plus sur l'idée fausse de l'égalité naturelle des hommes, mais sur l'idée nécessaire d'égalité des "chances" données à tous les Français de prouver leur aptitude à "servir". » Voilà la citation que je rappelle à tous ceux qui, parfois de bonne foi, veulent promouvoir « l'égalité des chances ».

Aussi ai-je bondi le 19 février quand j'ai entendu Nicolas Sarkozy dire : « Pendant cinq ans j'ai pu mesurer la puissance des corps intermédiaires qui s'interposent parfois entre le peuple et le sommet de l'État, ces corps intermédiaires qui prétendent souvent parler au noms des Français et qui, en réalité, souvent, confisquent la parole des Français. » Cette sortie m'a évidemment sonné aux oreilles comme le « Jamais, dans l'histoire de la France, l'État n'a été plus asservi qu'au cours des vingt dernières années par des coalitions d'intérêts économiques et par des équipes politiques ou syndicales, prétendant fallacieusement représenter la classe ouvrière » de Pétain, le 11 octobre 1940.

Depuis le début de sa campagne, Sarkozy défend la « valeur travail » par opposition à « l'assistanat » et dénonce les « corps intermédiaires ». Il s'en est pris à plusieurs reprises à la CGT et à la CFDT, qu'il a accusées de « faire de la politique » plutôt que de « défendre les intérêts des salariés ». Mais cette expression de « vrai travail », apparue ce 23 avril, concentre à elle seule toute la haine de celui qui se prétend président de tous les Français.

Face à la multiplication des lignes de démarcation qui dressent les uns contre les autres, nationaux contre délinquants étrangers, biens portants versus assistés fraudeurs, vrai travailleurs contre faux chômeurs... le 1er mai soyons très nombreux dans les cortèges syndicaux.